La startup chinoise Moonshot AI accélère son expansion avec Kimi K3, un modèle d’intelligence artificielle de 2,8 trillions de paramètres. L’entreprise négocie désormais avec Microsoft, Amazon et Google pour distribuer son modèle via leurs infrastructures cloud, avec un mécanisme de partage des revenus pouvant atteindre 30 %.
Moonshot AI n’est plus la jeune pousse chinoise inconnue du grand public. Fondée à Pékin en 2023, l’entreprise s’est rapidement imposée parmi les acteurs les plus surveillés de l’intelligence artificielle en Chine grâce à sa famille de modèles Kimi. Son principal atout étant la capacité à traiter de très longues quantités de texte dans une même requête.
Avec Kimi K3, Moonshot change toutefois d’échelle. Le modèle affiche 2,8 trillions de paramètres et adopte une architecture dite Mixture-of-Experts (MoE), qui permet de n’activer qu’une partie du modèle lors de chaque traitement. Cette conception vise notamment à limiter le coût informatique nécessaire à l’utilisation d’un modèle aussi massif.
Un modèle ouvert pensé pour une diffusion mondiale
L’une des particularités de Kimi K3 est son modèle de distribution. Moonshot a choisi de rendre les poids du modèle accessibles au public, permettant ainsi aux développeurs et aux entreprises de les télécharger, de les adapter et de les exploiter sur leurs propres infrastructures.
Sur le papier, cette ouverture facilite considérablement l’adoption de Kimi K3. Dans la pratique, son gigantisme pose cependant une difficulté majeure, à savoir, faire fonctionner localement un modèle de cette taille demande une puissance de calcul considérable. Pour beaucoup d’entreprises, le recours à une infrastructure cloud reste donc la solution la plus réaliste.
C’est précisément sur ce point que les négociations actuellement menées par Moonshot pourraient devenir stratégiques.
Microsoft, Amazon et Google dans le viseur
Selon des informations rapportées par Reuters et reprises par Quartz, Moonshot discute avec Microsoft, Amazon et Google afin que Kimi K3 puisse être proposé aux clients de leurs plateformes cloud respectives (Azure, Amazon Web Services et Google Cloud). Les négociations seraient encore préliminaires et aucun accord définitif n’est garanti à ce stade.
L’élément le plus remarquable concerne le modèle économique envisagé. Moonshot chercherait à récupérer jusqu’à 30 % des revenus générés par les services liés à Kimi K3 sur ces plateformes.
Si ces discussions aboutissent, l’accord serait particulièrement symbolique car il établirait un lien commercial direct entre un acteur chinois de l’IA et les plus grandes infrastructures cloud américaines.
Pourquoi le cloud est devenu essentiel pour Kimi K3
La taille impressionnante de Kimi K3 constitue à la fois son argument technologique et son principal obstacle commercial.
En effet, un modèle de 2,8 trillions de paramètres nécessite d’importantes capacités de calcul. Même si l’architecture MoE permet de ne pas mobiliser l’intégralité des paramètres à chaque opération, le déploiement reste difficile à envisager pour une grande partie des entreprises sur leurs propres serveurs.
Les fournisseurs cloud deviennent donc des intermédiaires essentiels. Ils disposent des GPU, des infrastructures réseau et de la capacité de calcul nécessaires pour rendre ce type de modèle accessible à grande échelle.
Pour Moonshot, passer par Azure, AWS ou Google Cloud permettrait ainsi de toucher directement une clientèle internationale sans devoir construire elle-même une infrastructure mondiale comparable à celle des géants américains.
Des performances qui attirent l’attention
Kimi K3 cherche également à se différencier par ses performances. Le modèle a obtenu des résultats remarqués dans plusieurs évaluations externes. C’est notamment le cas dans les domaines du raisonnement, du développement logiciel et de la création d’interfaces web. Certaines évaluations le placent à un niveau comparable à celui de modèles occidentaux de premier plan sur plusieurs tâches complexes.
Dans un marché dominé par OpenAI, Anthropic, Google et plusieurs acteurs chinois, la seule taille d’un modèle ne suffit plus. Les performances, le prix d’utilisation et la facilité de déploiement deviennent déterminants pour convaincre les entreprises.
Moonshot peut attirer les développeurs avec un modèle qu’ils peuvent examiner et déployer, tout en monétisant les usages professionnels via ses partenaires et infrastructures cloud.
Moonshot AI, une startup devenue un acteur majeur
La trajectoire de Moonshot AI fut particulièrement fulgurante. Créée en 2023 par Yang Zhilin et ses cofondateurs, la société a connu une croissance spectaculaire et a attiré d’importants investissements. Elle fait désormais partie des startups chinoises d’intelligence artificielle les plus valorisées et les plus suivies et son ambition ne se limite plus au marché chinois.
Désormais, la combinaison de Kimi, de l’accès API et de modèles à poids ouverts permet à Moonshot de viser à la fois les utilisateurs individuels, les développeurs et les entreprises.
Cette stratégie intervient également alors que la société chercherait à préparer une nouvelle levée de fonds à une valorisation pouvant atteindre 50 milliards de dollars, avec une possible introduction à la Bourse de Hong Kong. Quartz rapporte par ailleurs que Moonshot aurait atteint 300 millions de dollars de revenus annuels récurrents en juin 2026, contre 200 millions en avril.
Une expansion qui se heurte aux tensions sino-américaines
Le développement international de Moonshot intervient toutefois dans un contexte géopolitique particulièrement sensible.
Les autorités américaines ont récemment porté des accusations concernant l’utilisation de technologies et de puces Nvidia soumises à des restrictions, ainsi que la possibilité que certaines techniques de modèles concurrents aient été utilisées dans le développement de Kimi K3. Moonshot fait l’objet d’une attention accrue de la part des responsables américains, tandis que l’entreprise conteste ces accusations.
Cette situation pourrait compliquer les discussions avec les fournisseurs américains de cloud. Les questions relatives à l’accès aux données, au contrôle de l’utilisation des modèles et au suivi de la consommation de tokens font notamment partie des sujets qui doivent encore être réglés.
Autrement dit, la technologie pourrait être suffisamment attractive pour intéresser les géants américains, mais les considérations commerciales et géopolitiques pourraient déterminer si ces partenariats voient réellement le jour.
Un tournant pour Moonshot et pour l’IA chinoise
Les négociations avec Microsoft, Amazon et Google illustrent une évolution importante du marché de l’intelligence artificielle.
Pendant plusieurs années, la compétition s’est essentiellement jouée autour de la création des modèles les plus performants. Désormais, la bataille porte également sur leur distribution. Un modèle extrêmement puissant n’a de valeur économique que s’il peut être utilisé facilement par des millions d’utilisateurs et par les entreprises.
Avec Kimi K3, Moonshot tente donc une approche ambitieuse consistant à développer un modèle géant, ouvrir ses poids à la communauté et s’appuyer sur les infrastructures cloud mondiales pour accélérer son adoption.
Si les accords avec Azure, AWS ou Google Cloud se concrétisent, Moonshot pourrait franchir une nouvelle étape et faire de Kimi K3 l’un des premiers modèles chinois à bénéficier d’une distribution commerciale de cette ampleur via les grandes plateformes cloud américaines.
Pour l’instant, rien n’est signé. Mais le simple fait que ces discussions existent montre à quel point Moonshot AI a changé de dimension en quelques années.
